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Publié par ASSOSAKADO

Arrivée le 9 juin tard dans la nuit à Abidjan, heureusement, des amis d'amis m'ont trouvé des amis pour m'héberger. Sans ça, j'aurais sûrement eu le choix entre dormir dehors ou me faire rouler en beauté (ou les deux) pour trouver un coin ou dormir dans la fourmilière qu'est la capitale économique Ivoirienne.
Une petite semaine dans l'énorme cité, c'est à la fois épuisant et trop court : la ville est fantastique. Construites autour des lagunes, chaque colline ou îlot est une ville (un quartier) avec sa personnalité propre : le célèbre Cocody quartier résidentiel, Kumassi, quartier populaire aux aspects de bidonville, le Plateau, quartier d'affaire à l'Européenne, Yopougon, quartier festif... etc etc. Dans le "Paris d'Afrique de l'Ouest" l'ancien et le nouveau se mêlent et créent d'étonnantes entités : Bingerville, ancien quartier colonial en voie de désaffection investi par les locaux, pirogues-taxi et bus collectifs ("woro-woro") côtoient les voitures de marques sur le périphérique du quartier des affaires et de ses grattes-ciels... Formidable terrain d'exploration et d'aventures !


Tout de même pas mécontent de quitter cette agitation urbaine épuisante, je me dirige à quelques cents kilomètres d'Abidjan, dans un petit village d’où sont natifs mes hôtes : Abiaty, dans la lagune Aby. Je traverse la lagune (une quinzaine de kilomètres d'eau peu profonde) avec les moyens locaux : dans une énorme barque (pinasse) ou s'entassent une cinquantaine de villageois, étonnés et moqueurs de voir un blanc ("houmphouet" en langue Any). L'accueil est celui qu'on pourrait s'imaginer en partant d'Europe : très chaleureux. Les gens sont très étonnés de me voir ici, malgré le calme et la sécurité qu'on ressent dans cette partie du pays, la guerre reste très présente dans les esprits. On m'a confié à un "guide" qui accompagne chacun de mes pas, qui me présente aux notables du village (les anciens, souvent) et me brieffe sur le protocole. Tous semblent m'apprécier ici, on ira jusqu'à me faire l'immense honneur de me baptiser d'un nom Africain : Niamka Wadja. C'est le nom de l'ancien chef du village décédé il y a peu, un homme "qui n'est pas allé à l'école, mais d'une intelligence !". Petite cérémonie sur sa tombe : son neveu verse du rhum à terre et béni mon voyage. Les gens du village m’appellent désormais par ce nouveau nom. A l'agitation de la ville a donc succédé la promiscuité du village : faits et gestes épiés, impossibilité d'être seul... Après quelques jours, je décide de partir vers le Ghana, heureux de quitter cette ambiance quelque peu oppressante malgré la gentillesse des habitants. C'est aussi un moyen de fuir leur très fort alcool de palme (le "Kutuku") bu à chaque occasion, dès le lever...

Arrivée à la frontière Ghanéenne, je savais que les choses allaient se gâter : j'avais eu un premier aperçu des administrations Africaines à l'ambassade : "vous êtes Français ?" "oui madame" "vous n'aviez qu'à faire votre visa à Paris". Point final. Avec du recul et l'habitude acquise maintenant, tout ce serait passé différemment. Mais j'étais encore le pauvre blanc qui ne comprend pas grand chose, et que non ici, ne veut jamais vraiment dire non. Je me retrouve donc à la frontière devant un militaire inflexible à expliquer mon cas, ligoté par les 10 intermédiaires (comprendre des gens qui n'ont rien à faire de leur journée et qui cherchent un peu d'argent en donnant des coups de main) ramassés sur la route. Je laisserai beaucoup d'argent pour un malheureux visa de 2 jours qui me donnera juste le temps de traverser le Ghana jusqu'à la frontière Togolaise. Les Africains avec qui je voyagent se dirige vers un passage illégal ou ils n'auront pas à payer le visa, par prudence, je passerai le lendemain, à l'Européenne. Là aussi le douanier Togolais me fait son cinéma. J'ai commencé à piger quelques trucs : patience, certitude de ses droits, gentillesse... Il essaie bien de me soutirer quelques francs CFA mais cette fois, plus moyen. La leçon a été apprise.

Le Togo donc, arrêt de quelques jours à Lomé pour prolonger le visa temporaire accordé à la frontière pour une quinzaine d'euros. Tout a changé, aux sourires étonnés et aux conversations qui me semblaient profondément désintéressés avec les Ivoiriens succèdent les embrouilles et arnaques grosses comme des maisons. Les gens sont différents ici. Bien sûr, c'est la ville, mais même à la campagne cette gêne subsiste. Alors : différence culturelle ? effet d'un tourisme plus important ? ou simplement changement de regard dû au temps déjà passé sur les routes... En tout cas, une chose en tête : fuir la grande ville. Les gens ici parlent des montagnes de Kpalimé : le calme et le frais. Ça semble pas mal. Après 2h de taxi-brousse bolide, j'arrive là bas. Rebelotte : "hé le yovo ("le blanc"), viens voir ma boutique" lançés de toute part par des "rastas de marchés". On mettra ça sur le compte du tourisme, important dans la zone. Sitôt arrivé, déjà l'envie de fuir. Direction un village, 500m plus haut. Kuma Konda. Enfin un endroit calme, perdu dans une forêt luxuriante... Une semaine passe en un rien de temps : discussions animés, soirées au bar central du village avec des volontaires Français et des locaux, baignades dans les rivières, balades dans les environs... Je quitte le village à pied avec un Ivoirien qui a fui son pays pendant la guerre, nous partons pour rejoindre le Plateau de Daï à une cinquantaine de kilomètres au Nord, pour rejoindre une partie de sa famille.

Ensuite, retour à Lomé pour obtenir un visa pour le Bénin. Le cirque habituel : lenteur, mauvaise volonté... On pourrait presque y voir de la méchanceté. Cela résonne bizarrement avec les premiers chapitres de Tristes Tropiques que j'ai lu la veille. Ils veulent nous rendre la monnaie de notre pièce (normal), mais s'ajoute à cela leur inefficacité et la transposition d'un modèle Occidental bien loin des réalités Africaines. Rester calme, poli, et faire preuve de patience : la patience est la clef. Comme une sorte de test à leurs yeux. Rester à l'aise donc, sûr de soi et ne pas être à une journée prêt. Test réussi.

Direction le Bénin donc, passage de la frontière en pleine nuit, plus occupé à contempler l'agitation qu'à m'occuper des tracasseries administratives : j'en oublierai mon tampon d'entrée dans le pays, ce qui me vaudra de nouvelles tracasseries administratives quand je reviendrai quelques jours plus tard arrangé ma situation irrégulière. En fait, c'est peut-être dans les administrations que j'aurai le plus appris sur les sociétés locales : lenteur, abus de pouvoir, inefficacité, méchanceté, intérêts financiers... Tout ça pour un malheureux coup de tampon. J'en viens à me dire que ce n'est jamais que la transposition à une échelle plus grande du mode de fonctionnement de la société. Cette perspective donne pas vraiment envie de foutre les pieds dans les hautes sphères.


Voilà, je crois que c'est la dernière fois que j'aurai affaire à ce genre de situations. Maintenant c'est détente sur les plages de Gran-Popo (ambiance rasta) et baignade dangereusement sportive, balade dans la belle ville de Ouidah marquée par la traite négrière, fête dans le quartier populaire de Jonquet à Cotonou, passage dans la calme et jolie Porto Novo aux faux airs de Havane, à Abomey, siège de l'ancien pouvoir..

Jérémie de la Cote d'ivoire au BéninJérémie de la Cote d'ivoire au Bénin
Jérémie de la Cote d'ivoire au BéninJérémie de la Cote d'ivoire au Bénin
Jérémie de la Cote d'ivoire au BéninJérémie de la Cote d'ivoire au Bénin

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